Chère inconnue,
Puisque cest ce que nous sommes devenues lune à lautre depuis que le temps a moulu les souvenirs, je ne peux me permettre de tappeler autrement. Quand bien même ton nom me reviendrait intact, il semblerait inapproprié de le prononcer aujourdhui : mille choses risqueraient à présent de laltérer, bannissant de nos mémoires léchos du passé.
As-tu comme moi, enfoui dans ta mémoire et gravé dans la tête, le souvenir dune journée dété ? Te souviens-tu comment linnocent jeu dune ronde peut cacher la haine et les humiliations ? Sais-tu encore le nombre de coups dédaigneux que tes pieds mont donné ?
Chère inconnue, me reconnais-tu enfin, malgrès ces quelques années et limprécision de mes mots ?
Il est bien tard pour sen vouloir. Tu as certainement oublié jusquaujourdhui les rires immondes que vous lanciez à ma poursuite en chiens affamés. Sais-tu que jai aujourdhui peur des chiens ?
La haine peut certainement dépasser en force comme en beauté tout lamour des livres. Si javais su te détester comme tu la fait pour moi, nous aurions certainement la mémoire cruelle de tout cela, et nous pourrions parler de plaisanteries taquines. Il y aurait là une belle histoire. Il serait facile de couper les fourches qui viennent du passé me creuver le ventre. Peut être serions nous devenues amies.
Je veux quun jour au moins, tu te souvienne comme je le fais chaque jour depuis, avec incertitude, angoisse et peur.
Ton souvenir est devenu pour moi lallégorie de la mort.
Sarah.
par rage
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Lettres perdues
Le cerveau en activité. Le besoin, presque maladif et toujours forcené, d'occuper cette masse que j'imagine grise et spongieuse. Toujours trop inutile. Des regrets que je n'ose formuler. Ma fascination ignare devant leur magie me serre la gorge. Je voudrais apprendre malgrès tout, tout apprendre malgrès moi. Ils parlent d'évidence, je ne connais pas même les mots qu'ils emploient. Il vaut mieux jouer, un baiser pour le faire taire, les ridiculiser!
"ha ces matheux!"
Zap, façon nouvelle société de consommation, entre un livre de programmation et "Thérapies" de David Lodge.Je fais semblant. Je me promet d'apprendre tout, là où j'ai tant fait pour être. Il aurait fallu être deux. A défaut d'ailleurs. J'oublie. Ne me parlez plus de cela, Sybil est littéraire, qui en doute?
Mes pensées vont à lui, nouvellement conscientes de leur réalité. Je voudrais être étendue contre sa peau, encore un peu. Il me faudrait encore me suspendre à ses mots, me sentir apparaitre sous la caresse de ses mains, respirer l'air au creux de son épaule. Je voudrais revenir chaque matin des vagues vues d'en haut, être à l'an prochain et signer chaque lettre, l'une après l'autre; être hier jusqu'à demain, et minuit dans ses bras.
Je me gave de télévision pour deux mots inatentifs échangés avec la mère. Pour un sourire, pour un thé qu'elle prépare en gestes maternels. C'est si rare. J'ai à chaque sommeil le souvenir de son chant qui raisonne. Je tremblais hier de penser qu'elle l'avait imaginé et murmuré pour moi seule.
"Douce nuit, douce nuit, sur ton lit de rêves, douce nuit douce nuit douce nuit jusqu'au matin. Que soit doux ton sommeil radieux ton réveil."
Je tente de me représenter une dimention supplémentaire. Pour ne pas dormir immédiatement et pour voir, ce que c'aurait été. Il y a de quoi s'occuper pour longtemps. J'ai de droles de pensées qui font fusionner condition humaine, douleur et acceptation. Cela me donne envie d'écrire.
encore.
par S
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Les mots d'S.
Ma pensée tire, tord, transperce et voudrait arracher la vision de son existance.
Les stridulations qui s'échappent de ses lèvres, quels que soient leur sens premiers, sont autant d'atteintes à mon égo. Mes mains s'imaginent meurtrièrent à chaque grincement de son rire. Son nez inhumain se plisse d'hilarité, le bonheur de ses joues diffuse une odeur de souffre mêlée de ma rancoeur.
La chair ardente de mon corps ne tend qu'à la disparition de la sienne.
Son visage lisse. Je crois déjà le voir comme il sera. Vieux. Des siècles l'auront ridé pour chaque sourire qui m'insupporte, creusé de la cruauté qu'elle m'inspire.
par S.
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Les mots d'S.




