Chez moi, de vastes pièces débouchent sur des couloirs sinueux.
Les murs sont partout ondulés comme du papier mouillé. Parfois je passe au travers sans faire exprès et ils se lacèrent lentement. Je découvre alors un espace presque identique à ceux déjà parcourus. Une chose en putréfaction macule ces parois des couleurs de mon sang: noir de vie,
rouge espoir,
blanc mensonge.
blanc mensonge.
Chez moi, le sol est couvert d'herbes hautes et épaisses aux mouvements tranchants.
Mes pieds s'ouvrent de pourpre à ce tapis vampire. Les longues tiges vertes rougissent à mon passage comme des soleils mourants. Elles s'enroulent à mes chevilles et y ancrent alors des miliers de sangsues. Il arrive que je ne puisse plus bouger, et que je m'enfonce dans ce sol chaud, que je m'endorme au coeur de ses bouillonements malsains et chalereux. Chez moi, les femmes s'assoient en croisant les jambes.
Souvent suspendues dans les airs par des fils inexistantants, elles me regardent dans les yeux. Elles ont mon visage et les cheveux rouges. Le sang se durcit sur leur corps. Depuis peu elles se cachent, certainement derrière un de ces murs visqueux.Il y a une gallerie immense quelque part, où sont accrochés des miliers de miroirs. Ils portent tous un titre:
"Sybil"
"Yayate"
"Ma puce"
"Chtitno"
"Sale Juive"
"Scarabé"
...
"Yayate"
"Ma puce"
"Chtitno"
"Sale Juive"
"Scarabé"
...
Chez moi, le sol boit des souvenirs, et le plafond les régurgite.
Récemment j'ai fait tomber tous les murs d'une salle, et aussitôt son contenu s'est vu absorbé par le sol. Je me souviens de mon horreur, voyant les herbes digérer une immense statue noire et informe.
Chez moi, il y a un endroit où je ne vais jamais seule.
Quelqun y a posé des planches et étouffé les herbes. On peut marcher sans peur. C'est étroit mais reposant.Partout ailleurs, "chez moi" me tue.
par Sybil rage
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sybil's rage




